dimanche, 1er septembre 2019|

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Le capitalisme a un grand projet, un vrai projet : le capitalisme vert.


Capitalisme vert : attention danger !

Les gauches sous-estiment gravement le danger de ce nouvel âge capitaliste. Nous aimons nous rassurer en croyant qu’il vivrait ses dernières heures. L’acte de décès du capitalisme a pourtant été publié si souvent depuis deux siècles, que cela aurait dû nous rendre prudents… J’ai bien peur qu’après le capitalisme et le productivisme, nous ayons un hyper-capitalisme et un hyper-productivisme. Les partisans de l’écosocialisme, du socialisme du Buen-vivir doivent connaître leurs adversaires pour mieux les combattre, pour être capables parfois de miser sur l’heuristique de la peur dont parle Hans Jonas.

Nos craintes exprimées dans La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance (éd. La Découverte) ont été malheureusement confirmées depuis. Le capitalisme vert entend bien adapter la planète aux besoins du productivisme. Je disais que tout était prêt : les capitaux, les fantasmes (le culte de la toute-puissance, l’idée d’un monde sans limites), le vertige de la technoscience. J’indiquais qu’il n’y avait pas de complot ourdi, que tout était publié, que tout était chiffré. J’appelais à étudier les brevets déjà déposés par milliers. De nombreuses luttes se sont développées depuis témoignant du refus croissant de cette stratégie d’adaptation du capitalisme à ses propres méfaits. Les premières expériences n’ont pas d’ailleurs produites les résultats escomptés…

Ainsi l’ensemencement des océans a pour conséquence de les verdir ce qui réduit le réfléchissement et renforce plus encore l’absorption de la chaleur ! La Convention des Nations Unies sur la biodiversité a donc prononcé un moratoire sur les expériences en mer et dans l’espace… mais en laissant ouverte la possibilité de réaliser des expériences dans un but scientifique. Les partisans de la géo-ingénierie sont en train cependant de gagner la bataille des idées. Ils ont convaincu d’abord les dirigeants mondiaux que la guerre contre la dégradation du climat était perdue et qu’il fallait donc un plan B.

Un second argument est avancé depuis par le prix Nobel de Chimie, Paul Crutzen, l’inventeur de la notion d’anthropocène : la lutte contre la pollution serait contreproductive puisque, par exemple, la limitation des émissions polluantes des voitures ou des usines provoquerait un réchauffement plus rapide. La hausse de la température due à la lutte contre la pollution serait d’un degré. La solution serait donc du côté de la prise de contrôle du climat de la Terre. Il faudrait inventer des techniques de régulation du Système Terre par altération de la composition chimique des océans, par modification de la couche nuageuse, par installation d’un boucler solaire constitué d’une couche de particules de souffre injectées dans la haute atmosphère (Clive Hamilton).

La géo-ingénierie, une réponse globale au réchauffement climatique ?

Depuis 2009, chaque conférence internationale sur le climat est l’occasion de tenir des séminaires sur la géo-ingénierie et de convaincre les décideurs. Le GIEC a intégré la géo-ingénierie comme réponse globale au réchauffement. La géo-ingénierie est particulièrement développée aux Etats-Unis et en Russie mais aussi en Chine, en Inde, en Allemagne, au Royaume Uni. Ses adeptes ne partent pas de rien puisqu’ils bénéficient des savoirs et des savoirs faire acquis durant toute la guerre froide dans un but alors immédiatement militaire. Le développement de la géo-ingénierie constitue une « divine surprise » pour les tenants du système car il redistribue les cartes en affaiblissant les opposants. La question n’est plus de savoir comment limiter la hausse de la température moyenne, mais de déterminer à quelle température nous devrions fixer le thermostat terrestre pour obtenir le meilleur retour sur investissement ! Les spécialistes ont même inventé le néologisme de « thermo-économie », c’est tout dire !

Les Etats-Unis ont pris la tête de cette course folle planétaire. Ce choix a permis de rapprocher la droite américaine et les démocrates à la Al Gore. Les républicains vomissent la « science du climat » qu’ils qualifient de « science de gauche » mais ils sont très favorables aux mégaprojets techno-scientistes, dans la mesure où ils augmenteraient la maîtrise de la nature au nom des libertés individuelles (sic) et feraient naître un gigantesque business. Comme le note l’australien Clive Hamilton la géo-ingénierie n’est pas fondée sur les sciences du climat mais sur les valeurs capitalistes les plus profondes. Elle respecte le « mode de vie américain » « non négociable » selon G. W. Bush, contrairement aux alternatives en matière de transports en commun, d’énergie solaire, de pistes cyclables qui, elles, seraient antiaméricaines. On se souvient du signe d’adieu envoyé par G W Bush lors de son dernier sommet du G8 en 2008 : « le plus gros pollueur du monde vous dit au revoir », mots prononcés le poing levé, en signe de bras d’honneur (cité par Clive Hamilton).

Les compagnies américaines sont très impliquées dans la géo-ingénierie. Bill Gates est un acteur central de la géo ingénierie avec la fondation du Fonds pour l’innovation dans le climat et la recherche dans l’énergie. Il finance à hauteur de plusieurs millions de dollars les travaux des deux hommes-orchestres de la géo-ingénierie : David Keith, professeur à Harvard et Ken Caldeira, professeur à Stanford. Bill Gates a fondé en association avec Ken Caldeira et des anciens de Microsoft la firme « Intellectual ventures » dont la devise est « Les inventeurs ont le pouvoir de changer le monde » et qui multiplie les dépôts de brevets en matière de géo-ingénierie. Bill Gates finance aussi la firme Silver Lining, spécialisée dans les techniques d’éclaircissement des nuages marins et Carbon Engineering ltd qui développe des techniques de capture et de stockage du dioxyde de carbone. Il faudrait citer aussi Richard Branson, magnat des sables pétrolifères et le suédois Niklas Zennström, co-fondateur de Skype… La NASA a financé en 2002 une étude de la Société américaine de météorologie sous le titre prometteur de « Contrôler la météo planétaire » afin dit-elle, très sérieusement, de mettre fin aux sécheresses, aux tornades, aux tempêtes, etc. Un rapport de 2011 du Center bipartisan Policy (véritable repère de néoconservateurs) propose de ne plus parler publiquement de géo-ingénierie mais d’utiliser le terme plus « politiquement correct » de « remédiation climatique » (sic).

La Russie, adepte de la « remédiation climatique »

La Russie n’est pas en reste avec notamment Yuri Izrael, le fameux Directeur de l’Institut de recherche sur le climat mondial et l’écologie au sein de l’Académie des sciences de Russie à Moscou, un très proche de Poutine. Cet ancien vice-président du GIEC est un climato-sceptique adepte de la géo-ingénierie. Il n’est pas le seul Russe à fantasmer sur la géo-ingénierie. Ainsi Andrei Illarionov (principal conseiller économique de Poutine), celui là même qui dénonçait dans le Protocole de Kyoto une « déclaration de guerre à la Russie » et osait parler à son sujet d’un véritable « Auschwitz international », est aussi un amoureux fou de la géo-ingénierie…Clive Hamilton note ainsi que la géo-ingénierie est en train de permettre de réaliser une « alliance entre vieux communisme soviétique et nouveau libertarianisme russe » ! Les adeptes des la « remédiation climatique » peuvent prendre appui à droite comme dans une certaine gauche sur tout un vieux fond scientiste… Dans les années soixante-dix, la gauche (notamment communiste) vantait les possibilités techno-scientistes soviétiques… Ne parlait-on pas de modifier le cours des fleuves en utilisant des bombes atomiques, de créer un immense miroir dans le Ciel pour orienter les rayons du Soleil et chauffer la Sibérie afin d’en faire le grenier à blé de l’Union Soviétique, etc. La Russie de Poutine est bien ici la continuatrice de l’URSS stalinienne. Peut-on être certain que les perspectives de géo-ingénierie ne réveilleront pas ce vieux fond productiviste qui a si longtemps contaminé les gauches ? N’opposera-t-on pas demain une « géo-ingénierie de gauche » à une géo-ingénierie de droite, une bonne « géo-ingénierie publique » à une mauvaise géo-ingénierie privée ?
Paul Ariès

Le capitalisme détruit le climat : le livre de Naomi Klein

Dans son livre, This Changes Everything Capitalism Vs. The Climate, l’auteure de La stratégie du choc, démontre de façon limpide les liens entre l’économie capitaliste et le dérèglement climatique. « Il est toujours plus facile de nier la réalité que d’abandonner notre vision du monde », écrit Naomi Klein, qui en appelle au sursaut des consciences. Un livre fort et passionné, facile à lire, où l’urgence sonne à chaque page.

« Il est toujours plus facile de nier la réalité que d’abandonner notre vision du monde », écrit Naomi Klein dans son nouveau livre, Ceci change tout : le Capitalisme contre le climat.

D’une certaine manière, nous sommes tous des climato-sceptiques, parce que nous ne pouvons pas imaginer tout changer, nos modes de vie, nos perspectives d’avenir, l’économie. Alors, on enregistre toutes ces informations sans réagir et on se dit que ça va peut-être s’arranger, que rien n’est sûr.

C’est après la Conférence de Copenhague de 2009, que Naomi Klein a compris qu’on ne pouvait pas compter sur les chefs d’États, et « que personne ne viendrait nous sauver ! » Pourtant, « nous avons encore le choix et il n’est pas trop tard pour réussir à maintenir le réchauffement dans des limites tolérables, mais quoi que nous choisissions, tout changera drastiquement.

Soit nous décidons de ralentir le changement climatique et il faut transformer radicalement notre économie, soit nous continuons sur notre lancée sans rien changer au modèle économique, et c’est notre monde physique qui se transformera radicalement, pour le pire. »

Marché "fondamentaliste" et "Big Green" indulgents

Elle montre, dans la première partie du livre comment, à la fin des années 1980, le mouvement écologiste a déraillé et comment la mondialisation et une vision « fondamentaliste » du marché se sont imposées dans le monde développé, sous l’influence de groupes de réflexion puissants et bien financés.

Naomi Klein accuse certaines ONG environnementales, les « Big Green », d’indulgence envers les pollueurs, et l’ancien vice-président Al Gore d’être « en grande partie responsable de les avoir convaincues de soutenir l’Accord de libre-échange nord-américain NAFTA en 1993 ».

Elle fait remarquer qu’il y a loin entre les promesses sur le climat de Richard Branson, Michael Bloomberg ou le président Obama, et ce qu’ils font réellement. Et que le développement durable est un mythe.

Fausses solutions

La deuxième partie, « Pensée magique », ausculte les différentes solutions techniques, inquiétantes et lucratives, proposées pour résoudre le changement climatique, comme les systèmes de géo-ingénierie.

Elle épingle l’insidieux Bruno Latour qui alerte les humains sur le climat mais conseille de « continuer ce que nous avons commencé, à une échelle toujours plus ambitieuse… » Et Klein de penser, suivant sa théorie du Choc, qu’il sera difficile d’empêcher ces folies si le dérèglement climatique devient trop grave.

Il est d’autant plus difficile de changer une vision du monde que les profits en dépendent. « Si nous n’avons pas fait ce qu’il fallait pour réduire les émissions, explique Naomi Klein, c’est parce que cela allait contre le capitalisme déréglementé, qui est l’idéologie dominante depuis 1980. »

Et de fait, « avant le néolibéralisme de Thatcher et Reagan, l’augmentation du taux des émissions avait baissé, passant de 4,5 % par an pendant les années 1960, à environ 1 % par an au début des années 1990, pour revenir à 3,4 % par an entre 2000 et 2008. Puis, après un fléchissement en 2009 dû à la crise, le taux est remonté à 5,9 % en 2010 ! Ainsi les émissions globales de CO2 étaient de 61 % plus élevées en 2013 qu’en 1990, lorsque les négociations vers un Traité sur le climat ont réellement commencé. » Naomi Klein montre aussi qu’il y a un lien direct entre la mondialisation du commerce et les émissions.

Traités en faveur des multinationales

Mais ce capitalisme n’est que l’aboutissement de l’attitude de l’humanité qui, depuis la préhistoire, pille la nature au rythme du perfectionnement de ses moyens techniques.

Reste une contradiction fondamentale entre l’espoir d’une économie soutenable et les Traités de commerce internationaux « conçus pour permettre aux multinationales de scanner la planète pour trouver la main d’œuvre la moins chère et la plus disciplinée ». Si les sociétés productrices de pétrole ont beaucoup à perdre des politiques de lutte contre le changement climatique, leurs ouvriers peuvent, par contre, se reconvertir dans une nouvelle économie réellement verte.

Mais il faut pour cela empêcher les accords de commerce de libre échange de peser sur les décisions des gouvernements. En effet, parallèlement aux grandes foires inconséquentes sur le climat, ces négociations avancent, elles, secrètes et efficaces, étayées par un corpus règlementaire contraignant : après NAFTA signé par Clinton en 1993, ce sont aujourd’hui le CETA en cours de ratification, le TISA, et le TAFTA/TTIP qui sont en cours de négociation.

Le livre de Naomi Klein est d’autant plus percutant sur l’influence des lobbies que l’UE, qui négocie en ce moment même, en secret, le traité TAFTA/TTIP, vient de se doter d’un commissaire à l’énergie, Miguel Arias Canete, « toujours aux limites du conflit d’intérêt », et que la Commission vient de décider de retirer de la Directive sur la qualité des carburants l’interdiction des carburants issus des sables bitumineux - ceci torpille la législation de l’UE qui fixe un objectif de 6 % de réduction des émissions provenant des combustibles de transport.

Des raisons d’espérer

Pourtant, le livre reste optimiste, car, dit-elle, « c’est peut-être au moment du désastre ou juste après, qu’il est possible de reconstruire autrement. » Et, « en 2009, une étude a montré comment 100 % de l’énergie nécessaire dans le monde, pour tous les usages, pourrait être fournie par l’eau, le vent et le soleil dès 2030. »

La troisième partie du livre salue la construction d’une économie alternative basée sur des principes et des valeurs nouvelles et l’émergence d’un mouvement populaire, Blockadia, qui gagne des victoires étonnantes contre le secteur des combustibles fossiles, par exemple sur le front du désinvestissement des sociétés pétrolières.

« Les vraies solutions à la crise du climat sont aussi notre meilleur espoir de construire un système économique beaucoup plus stable et plus équitable », explique-t-elle. « Les gens sont prêts à faire des sacrifices, s’ils ont l’impression que l’effort demandé est équitablement réparti dans toutes les catégories sociales, et que les riches paient leur part en proportion. »

Lire aussi : Le coup de gueule de Naomi Klein contre l’alliance des écolos et des capitalistes

Source : Elisabeth Schneiter pour Reporterre.

Première mise en ligne le 18 octobre 2014. Photos : Naomi Klein : Flickr (CC BY 2.0/justine warrington). Portrait : Wikipedia (CC BY-SA 2.0/mrittenhouse) Lire aussi : Le coup de gueule de Naomi Klein contre l’alliance des écolos et des capitalistes Lire aussi : Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

Notre modèle économique est en guerre contre la vie sur Terre. Nous ne pouvons infléchir les lois de la nature, mais nos comportements, en revanche, peuvent et doivent radicalement changer sous peine d’entraîner un cataclysme. Pour Naomi Klein, la lutte contre les changements climatiques requiert non seulement une réorientation de nos sociétés vers un modèle durable pour l’environnement, mais elle ouvre aussi la voie à une transformation sociale radicale, transformation qui pourrait nous mener à un monde meilleur, plus juste et équitable. Tant par l’urgence du sujet traité que par l’ampleur de la recherche effectuée.

Le capitalisme vert utilise Greta Thunberg :
https://reporterre.net/Le-capitalisme-vert-utilise-Greta-Thunberg

 
A propos du Blog du Grand-Bas-Armagnac Insoumis
Si nous avons créé ce blog, c’est pour participer à démontrer que, contrairement à ce qu’on nous serine du matin au soir, il existe une alternative à la jungle libérale qui, par usurpation du langage, nous est présentée comme étant la modernité. Ce blog est une auberge espagnole où quiconque, simple citoyen, militant politique, syndical ou associatif peut (...)
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